Les épousailles du dieu de la rivière

Publié le par dibo

Pas de politique, pas d'actualité aujourd'hui mais un vieille histoire néanmoins très instructive. Je vous laisse la découvrir...

riviere.jpgXimen Bao fut nommé gouverneur de la ville de Ye, dans la province de Wei. A son arrivée, il trouva la population dans un grand désarroi.

Il convoqua le conseil des anciens et on lui raconta que la ville était victime d'une terrible malédiction. Elle était régulièrement dévastée par les crues de la rivières Zhang, les devins locaux avaient été consultés et ils avaient conclu qu'il s'agissait d'une manifestation du dieu de la rivière. Afin de l'éviter, avaient-ils ajouté, il fallait qu'une jeune fille lui soit présenté chaque année.
La cérémonie de se déroulait ainsi : les devins visitaient chaque maison, et s'ils trouvaient une fille suffisament belle, elle était désignée comme fiancée du dieu de la rivière, sauf si sa famille pouvait verser aux devins une forte somme d'argent. Une fois la fiancée choisie, les autorités locales collectaient plusieurs milliers d'onces d'argent pour préparer les épousailles, quelques centaines auraient suffi, mais les devins gardaient l'excédent. La fiancée était baignée, habillée de soie puis devait jeûner plusieurs jours au bord de l'eau, enfin, le jour des épousailles, elle était enchainée à un lit de noce qui était jeté dans la rivière.
Cette infamie durait depuis plusieurs années. Les habitants étaient désespérés, écoeurés par les pratiques barbares des devins mais n'osant pas remettre en cause leur pouvoir de peur d'irriter le dieu de la rivière. En fait, la ville se vidait rapidement, beaucoup de gens fuyaient pour sauver leurs filles.

Ximen Bao écouta les plaintes mais décida de ne rien entreprendre avant les prochaines épousailles.
La cérémonie s'organisa comme chaque année, et au jour dit une douzaine de devins menés par leur chef, un vieillard, s'assembla au bord de la rivière. Ils furent rejoints par une troupe d'officiels et une foule de spectateurs.
Ximen Bao demanda à voir la fiancée du dieu de la rivière. Il l'observa quelques instants et dit : "Je ne pense pas qu'elle soit suffisament belle, elle n'est pas digne d'épouser le dieu de la rivière." Puis en s'adressant au chef des devins : "Maitre, pourriez-vous aller informer le dieu de la rivière que la cérémonie va être repoussée le temps de trouver une jeune fille plus convenable ?" Et à ces mots, il ordonna aux gardes de jeter le vieillard dans la rivière.
La foule fut sidérée, mais Ximen Bao fit mine d'attendre que le vieil homme revienne apporter une réponse. Quelque temps après, il dit agacé : "Il n'a pas l'air de vouloir revenir, nous ne pouvons tout de même pas passer notre journée ici. Nous devrions envoyer quelqu'un lui dire de se hater." Il fit donc jeter un second devin dans la rivière. L'homme se débattit tant qu'il put, hurla à l'aide, tenta de lutter contre le courant et coula sous le regard horrifié de la foule.
Mais le gouverneur resta impassible. Il se passa encore un instant avant qu'il ne reprit la parole : "C'est trop long ! Il me faut des volontaires pour aller voir pourquoi ils trainent." Et quatre autres devins furent noyés. "Ca ne va pas ! Ces devins sont incompétents, il faut envoyer quelqu'un d'autre !" Et ce fut au tour d'un officiel qui avait collaboré avec eux d'être jeté à l'eau.
Ximen Bao fixa longtemps le cours de la rivière. "Je ne comprend pas. Que devons nous faire maintenant ?" dit-il en s'adressant à l'assistance. Tous les officiels et les devins restant étaient à genoux, frappant le sol avec leur front. "Très bien, ça ira pour aujourd'hui. Nous verrons demain."

Le lendemain, le gouverneur organisa les paysans, il fit creuser douze canaux pour détourner le cours de la rivière Zhang. Les crues disparurent, de nouvelles terres devirent fertiles, les habitant revinrent et la ville prospera.

En guise de morale (mais il pourrait en avoir d'autres), voici une citation de Confucius :


Zi Gong dit : "Je ne fais pas aux autres ce que je ne veux pas qu'ils me fassent." Le maitre dit : "Zi, tu n'es pas encore à ce point parfait."
                Confucius, Les Analectes.

Publié dans Histoires et fables

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