Un conte chinois : le sceau volé

Publié le par dibo

Ce blog prend une semaine de vacances. Je vous laisse avec une petite histoire, presque un conte. On y parle d'autorité -symboliquement- volée et brillament reconquise.

Le maître dit : "Ne vous inquiétez pas lorsque vous êtes incompris, inquiétez vous lorsque vous ne comprenez pas."
              Confucius, Les Analectes

sceau.jpgAu seizième siècle, pendant la dynastie Ming, une ville proche de l'actuelle Shanghai était gouvernée par un homme malhonnête et corrompu. Il fut désagréablement surpris en entendant qu'un envoyé de l'empereur s'apprêtait à venir inspecter sa ville.

Dans la ville voisine de Suzhou vivait un voleur bien connu. On disait qu'il pouvait escalader un mur aussi vite et silencieusement que s'il marchait sur le sol, c'était aussi un combattant émérite et un homme généreux. Le gouverneur lui envoya de précieux cadeaux et sollicita son aide. Le voleur, flatté, accouru. Le gouverneur le reçu en privé :
- Merci pour vos généreux présents, votre honneur. Que puis-je faire pour vous ?
- Un inspecteur impérial vient d'arriver dans cette ville. Je veux que vous voliez son sceau. Je vous offrirez cent onces d'or comme dédommagement.
En effet, l'autorité des officiels chinois était symbolisée par leurs sceaux, souvent une pièce de jade sculptée. Sans celui-ci l'inspecteur n'aurait pas pu se faire reconnaitre, et il aurait certainement perdu sa place. Le voleur accepta la mission, et il ne se passa pas une journée avant qu'il remit le sceau de l'inspecteur au gouverneur. "Fantastique" s'exclama le gouverneur, et il recompensa comme prévu le voleur.
- Vous êtes généreux, votre honneur, aussi j'aimerais vous donner un conseil. Avant de m'introduire chez lui pour le voler, j'ai observé l'inspecteur, il m'a l'air d'un homme extrêmement capable. Je ne pense pas que vous puissiez le tromper. Si vous lui rendez son sceau demain en prétendant qu'il a été retrouvé par une patrouille, vous gagnerez son estime et vous n'aurez plus rien à craindre de lui.
- Foutaises ! Sans son sceau, il est à ma merci. Vous n'avez plus rien à faire ici, vous devriez déjà être parti

Le lendemain, l'inspecteur découvrit que son sceau avait disparu. Il fit fouiller les moindres recoins de son habitation mais il devint vite évident que l'objet avait été volé. Il réfléchit : "Le gouverneur a du comprendre que j'ai des soupçons le concernant, c'est sa ville et il ne doit avoir aucun mal à me faire espionner. Il aura voulu prendre les devants en me privant de mon sceau. Qu'importe, il me sous-estime."
Il referma la boite qui avait contenu le sceau et la verouilla soigneusement. Il ordonna à ses subordonnés de ne pas dire un mot à propos du vol. Les jours suivant, il prétendit être malade et ne travailla pas.

Le gouverneur était satisfait de son stratagème mais il devait en tout état de cause rendre visite à l'inspecteur avec les autres officiels de la ville.
L'inspecteur les reçu d'excellente humeur. Il fit servir le thé, et discuta des affaires courantes, des taxes, du budget et des coutumes locales. Le gouverneur se sentit d'autant plus mal à l'aise en voyant l'inspecteur aussi peu ébranlé par sa ruse que sur la table se trouvait la boite ayant contenu le sceau. Mais comme la rencontre touchait à sa fin, un serviteur entra en hurlant au feu. Une fumée abondante s'échappait des cuisines.
Le visage de l'inspecteur changea de couleur. Il  se leva d'un bond, attrapa la boite et la jeta dans les mains du gouverneur : "Je vais voir ce qu'il se passe, mettez mon sceau en sécurité et allez chercher de l'aide."
Le feu fut rapidement éteint. Le gouverneur réalisa que l'inspecteur lui avait confié devant témoins la garde d'une boite vide. S'il la rendait ainsi il suffirait à l'inspecteur de l'ouvrir pour le faire accuser de vol. Comment se défendre ? Il décida finalement de remettre le sceau dans sa boite.

Le lendemain, le gouverneur se présenta à l'inspecteur pour lui rendre la boite. L'inspecteur l'ouvrit et devant tous les officiels apposa son sceau sur les documents en retard. Inutile de dire que l'ordre de relever le gouverneur se trouvait parmi ceux-ci.

Publié dans Histoires et fables

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