De 2010 à 2011, la Chine entre triomphe et transitions

Publié le par Chinoiseries

La période 2008-2010, symbolisée par le sans-faute de la séquence Jeux Olympiques de Pékin et exposition universelle de Shanghai, a été particulièrement faste pour la Chine. Qu’en sera-t-il des deux années à venir ?

 

Un constat s’impose tout d’abord : l’année qui vient de s’écouler a été celle de la Chine triomphante. Son économie a redémarrée au quart de tour laissant ses principaux concurrents sur place. En intervenant dans la crise européenne et en résistant aux pressions pour la réévaluation de sa monnaie, la Chine a commencé à jouer le rôle d’une grande puissance économique. Cerise sur le gâteau, l’enquête PISA de l’OCDE a fait des élèves shanghaiens les plus performants au monde !

 

Ces réussites auraient pu reléguer au second plan les difficultés internes mais fin 2010 le régime chinois a montré des signes de nervosité. Parmi ces ceux-ci, le plus révélateur a sans doute été la censure en Chine de la prise de position réformiste du premier ministre Wen Jiabao.

La période 2011-2012 va être une période de transition politique : un nouveau président et un nouveau premier ministre doivent être désignés, et avec eux c’est une bonne partie de l’administration centrale chinoise qui devrait être renouvelée. L’enjeu est donc de taille pour l’avenir de la Chine (et accessoirement pour l’avenir du monde, d’autant que les exécutifs américains, russes et français seront eux-aussi renouvelés en 2012).

Or le régime chinois n’a pas de mécanisme de succession. Les transitions peuvent très bien se passer comme celle de 2003 mais aussi tourner à la catastrophe comme en 1989.

Les premiers préparatifs de la transition de 2012 ont semblé laborieux. La nomination de Xi Jingping, le favori pour succéder à Hu Jintao, à la vice-présidence de la Commission militaire centrale a été finalement annoncée en octobre 2010 avec un an de retard, ce qui augure mal de la suite. Simultanément, l’intervention pro-démocratique de Wen Jiabao, et surtout les réactions qu’elle a provoqué : censure et pétition d’officiels contre la censure, ont montré que l’aile réformiste du Parti communiste chinois veut avoir son mot à dire et que certains dans l’appareil d’Etat n’entendent pas lui laisser la parole.

Il est probable que cette situation se dénouera en 2012 dans la grande tradition chinoise par un ticket entre un président orthodoxe et un premier ministre plus ouvert. Cependant d’ici-là les deux ailes du parti pourraient vouloir pousser chacune le rapport de force en leur faveur. Les tensions peuvent donc se prolonger.

 

D’autant que la Chine s’engage dans une autre transition, celle d’une économie de rattrapage appuyée sur une industrie manufacturière à faible valeur ajoutée vers une économie moderne et compétitive.

En effet, deux phénomènes économiques ont marqué l’année 2010 en Chine : d’une part l’apparition de revendications sociales victorieuses dans les entreprises comme à l’échelle du pays, avec par exemple la revalorisation des salaires chez FOXCONN ou l’augmentation des salaires minimaux et des pensions, et d’autre part un redémarrage de l’inflation. Ces deux phénomènes sont en partie liés et, en tous cas, s’alimentent l’un l’autre. Dans les années qui viennent, ils vont petit à petit affaiblir la compétitivité chinoise. Or le refus de réévaluer le yuan montre que la Chine estime avoir encore besoin d’exporter à bas prix pour faire fonctionner son économie. C’est le modèle économique qui a permis le décollage de la Chine qui arrive à bout de souffle.

Avec près des deux tiers de sa population qui rêve d’abandonner la campagne pour un emploi dans une grande ville, la Chine a désespérément besoin d’une croissance forte pour éviter l’explosion. Un simple ralentissement serait catastrophique. Elle doit donc trouver un nouveau moteur à son économie. Actuellement, elle semble tâtonner : Va-t-elle tourner ses exportations vers des produits à plus forte valeur ajoutée ? Va-t-elle développer son marché intérieur ? Et, dans tous les cas, un tel changement est-il possible sans bouleversements culturels, sociaux et politiques ?

 

A bien des égards, 2010 a vu l’aboutissement des politiques misent en place depuis les années 90. Pour continuer à se développer, la Chine va devoir trouver une nouvelle impulsion politique et économique. 2011 s’annonce donc comme une année décisive.

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troubli-on 05/01/2011 11:30



"L’enjeu est donc de taille pour l’avenir de la Chine (et accessoirement pour l’avenir du monde, d’autant que les exécutifs américains, russes et français seront eux-aussi renouvelés en
2012)"


Au milieu de la Chine, les Etats-UNis et la Russie on se demande bien qui va remarquer la présidentielle française ! "L'avenir du monde" est entre nos mains



volsul 31/12/2010 18:50