L'âne et le tigre, une fable chinoise.

Publié le par dibo

Voici une fable que nous devons à Liu Zongyuan, un auteur du VIIIe et IXe siècle.
A cette époque là, il n'y avait pas d'âne dans la province de Guizhou. Un riche curieux s'en fit amener un par bateau mais ne sachant comment l'utiliser, il finit par le relâcher dans la montagne.
Là, un tigre l'aperçut, mais comme lui aussi n'avez jamais vu un âne, il fut frappé par sa haute taille et le pris pour un animal extraordinaire, certainement de la famille des dragons et des phénix. Il voulu lui présenter ses hommages et comme il approchait l'âne le vit et se mit à braire à tue tête. Le tigre fut terrorisé par la puissance du cri. Il en était sûr désormais, ce n'était pas là un animal mais bel et bien une divinité descendue du ciel ! Il s'avança tout craintif pour se prosterner.
Voyant le tigre aussi près de lui, l'âne voulut le repousser par une ruade. A cette attaque piteuse, le tigre compris que ce qu'il avait pris pour une divinité n'était qu'un animal, et des plus faibles. Il se jeta sur lui et le mis en pièce.

Qu'en penser ? Qu'on peut braire autant qu'on veut mais qu'il faut ne frapper qu'à coup sûr. C'est une leçon de stratégie élémentaire.
Mettons la Chine dans le rôle du tigre - rien d'abusif à cela -. Pendant longtemps, M. Chirac s'est fait une profession de braire et notre pays y a gagné une considération inattendue.
M. Sarkozy, lui, n'a pas pu s'empêcher de ruer : mettre sous condition sa venue à Pékin. La menace était un peu dérisoire et on s'explique mal comment il a pu se croire en mesure de délivrer un ultimatum à la Chine. Mais, après tout, il y avait là de l'attachement à des valeurs, et un certain courage. En accumulant les excuses pour finalement capituler sans conditions, puisque l'on apprend maintenant qu'il ira, il a gagné le mépris - ce qui est bien pire que de perdre l'amitié - d'une large partie du peuple et des dirigeants chinois. Il est probable que l'âne français se fasse bientôt manger.

Mise à jour 09/07 : C'est le jour même où M. Sarkozy officialise sa retraite que les Chinois montrent les dents. Chacun pourra pourra porter sur ces menaces le regard qu'il veut. J'affirme qu'elles sont la conséquence logique et prévisible (et prévue ici même en toute modestie) du comportement de la diplomatie française. J'attend avec un peu d'impatience la réaction de M. Sarkozy.

Publié dans France-Chine

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Libertad56 06/06/2009 19:56

Sarkozi a fait cette ruade d'âne, surtout pour nous autres Français, pour nous montrer combien il attachait d'importance aux droits de l'homme, et je pense que les chinois ne sont pas dupes de ces petites mascarades diplomatiques...et si nous sommes  vraiment des ânes pour eux, comme vous le dites, alors cessons d'alimenter le tigre chinois....qui intoxique la planète entière avec ses produits bas de gamme fabriqués dans des conditions sociales dignes (ou plutot indignes) du 19ème siècle.

Phil 15/07/2008 09:18

Nous sommes bien peu de chose par rapport à la Chine, son histoire et son potentiel. C'est une civilisation qui me facine !

Emmanuel 11/07/2008 15:45

La fable est superbe, tout comme l'analyse qui en découle. Félicitations, jeune homme, je suis très fier d'appartenir à la même communauté de blogs que vous ;-)