Opinion : Les droits de l'homme en Chine à la veille des JO

Publié le par dibo

chinoiseries - Opinion : Les droits de l'homme en Chine à la veille des JO : la déesse de la liberté sur la place Tiananmen en 1989En guise d'introduction, disons que l'expression "droits de l'homme" s'est chargée pour les chinois d'un lourd passif. Elle suffit à les braquer un peu comme « OGM » suffit à braquer un écologiste ou « guerre » un pacifiste : ce n'est jamais une option, encore moins une solution, et ce n'est d'ailleurs même pas un sujet de conversation. Je l'emploie donc à regret et le moins possible.
Pour le reste, ce texte est largement inspiré d'une lettre que j'ai faite à une amie chinoise peu de temps après le passage de la flamme olympique à Paris et des discussions qui ont suivi.

Je crois qu'il faut d'abord dire un mot de l'idée selon laquelle la politique intérieure de la Chine ne regarderait qu'elle.
Avec une bonne dose de cynisme, ce pourrait être vrai aussi longtemps que la Chine ne réclame pas une reconnaissance internationale. Mais lorsque, pour obtenir les jeux olympiques dans sa ville, le maire de Pékin s'engage à y faire progresser "les droits de l'homme" avant de la nettoyer manu militari de ses dissidents, travailleurs migrants, mendiants, prostitués, etc... Là, évidemment nous sommes concernés, et même plus : responsables, c'est pour nous accueillir dignement et faire de belles images sur nos écrans que la Chine consent à violer ses engagements.

Autre objection classique : on s'entend parfois dire que les modèles occidentaux ne s'appliqueraient pas ailleurs dans le monde. Il s'ensuit le plus souvent une longue démonstration que je résume : les Chinois mais plus largement les Asiatiques accordent plus d'importance que les Européens au groupe (famille, entreprise, nation...) et moins à l'individu, celui-ci devrait alors plus souvent s'incliner face à l'intérêt commun.
Je ne défend pas l'individualisme, je défend l'idée que chaque individu a des droits même face à l'État. Cette idée là n'est pas occidentale : nous n'avions pas encore l'écriture que Confucius disait déjà qu'il faut refuser de servir un État qui s'en prend sans raison à sa population. Cette idée est inscrite dans la conscience et dans la culture des Chinois.

Mais il vaut sans doute mieux prendre un exemple. Revenons donc au nettoyage des rues pékinoises. Il est peu probable que les spectateurs des Jeux aient l'occasion d'apercevoir l'envers du décor, je vais donc me charger de décrire comment cela se passe.
Tout d'abord, il faut savoir que ce n'est pas le travail de la police mais de son rebut, une sorte de milice auxiliaire dont c'est l'unique occupation. On la croise dans les rues de Pékin où s'entassent les mendiants, les vendeurs de cigarettes et les marchands de fruits avec leurs carrioles. La rue se vide en un instant, mais il y a en toujours un, souvent une, qui ne court pas assez vite ou qui rêve à ce moment là. Il se trouve adossé à un mur encerclé par une ronde serrés de10 ou 15 hommes en uniformes. La suite est écoeurante, on piétine, on frappe et on rit beaucoup, à chaque humiliation, à chaque coup comme à une bonne blague. Les images qui me reviennent surtout, ce sont ces hommes et ces femmes pris et transformés brusquement en des blocs de résignation face à une violence qu'ils savent aussi inutile qu'inévitable.
Voilà ce qu'on voyait pendant les derniers mois dans les rues de Pékin. Voilà comment s'est préparée la grande fête à laquelle nous sommes conviée.

Pensez-vous qu'une quelconque différence culturelle rende ces scènes acceptables aux Chinois ?  Je sais pour l'avoir entendu presque systématiquement qu'elles leur sont insupportables, comment pourrait-il en être autrement d'ailleurs ?
La société chinoise n'est pas le monolithe lisse et gris uniforme que l'on tente de nous montrer. Il y a les dissidents bien sur, mais pas seulement : nombreux sont ceux qui murmurent, qui imaginent ou qui n'en pensent pas moins. Le désir de liberté et l'aspiration aux droits fondamentaux existent, le Parti les fait taire mais je doute qu'il puisse un jour s'en débarrasser.

Par contre, il est facile de discréditer les donneurs de leçon. Les voyez-vous ? Bien assis dans leurs fauteuils, sans doute un verre à la main, engraissés de notre travail. Et ils croient pouvoir nous parler de justice, de droit, de liberté ? La justice des guerres de l'opium, le droit des traités inégaux, la liberté des pillards du palais d'été ?
La vérité, c'est que ces combats ne sont pas ceux d'un occident quasi-mythologique ou de quelques penseurs demi-mondains, ils ne nous appartiennent pas. Ils sont ceux des Chinois, de quelques uns d'abord, comme autrefois un Ji face au roi Zhou.
Le meilleurs service que nous puissions rendre à ceux-là, c'est de cesser d'aller dans le sens de la propagande gouvernementale. Occupons-nous aussi de sauvegarder chez nous et pour tous ce que nous voudrions instituer chez les autres et assurons-nous que cette noble préoccupation n'est pas salie par un peu d'arrogance ou un petit complexe de supériorité. Ce n'est qu'ainsi que nous pourront dialoguer avec le peuple Chinois et l'accompagner sur le chemin qu'il prendra. Quelqu'il soit.

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toto76 12/08/2008 17:11

bien écrit et bien dit, pour ma part je n'ai pas l'impression que les chinois soient si mal que cela et comme tu le dis si bien, leur mentalité est bien éloignée de la notre, chez eux l'individu s'éfface pour laisser place à la minorité ( on peux appeler cela dictature ), chez nous c'est plutot le contraire : on pénalise la majorité lorsqu'une petite minorité abuse.... 

Florent 08/08/2008 21:53

Très bon article, très clairvoyant très juste (selon moi).je n'ai pas rand chose à ajouter !J'ai fait aussi un article sur mon blog si cela t'intéresse.Bonne continuation. 

linlin 07/08/2008 21:04

il faut rejeter les dirigeants communistes de Chine et non le peuple manipulé par ces dictateurs