Chine 1978 - 2001 : le Parti réforme !

Publié le par dibo

Si l'on ne parvient pas à comprendre la Chine ni à s'en faire comprendre, c'est souvent parce que l'on a renoncé à suivre ses évolutions. Pourtant en 20 ans, de Mao à Hu Jintao, elle s'est largement transformée.

Il est facile de définir le régime établit par Mao : il était clairement imité de l'URSS de Staline. Un pur totalitarisme tel que le définissait Hannah Arendt : parti unique, idéologie officielle, contrôle des moyens de communication, abolition de la société civile et de toutes limites légales à l'action de l'Etat, en particulier des libertés individuelles.
Mao a construit ce régime en détruisant l'ancien : la pensée traditionnelle chinoise est humiliée et les structures existantes sont remplacées par des organisations noyautées par le parti. Ses résultats catastrophiques ont certainement joué un rôle dans le désintérêt des chinois pour la politique. Ce sont peut-être eux aussi qui ont amené ses successeurs à entreprendre rapidement des réformes pragmatiques et réalistes.

Dès 1978 Deng Xiaoping fait du développement la priorité. Cette petite révolution ouvre une période de bouleversement économique et social qui dure encore aujourd'hui. Mais la « politique de réforme et d'ouverture » se fait sans renier le dogme : elle est la « phase initiale du socialisme ». Après une très courte période d'ouverture, Deng Xiaoping édicte les Quatre Principes : marxisme-léninisme et pensée de Mao Zedong, voie socialiste, dictature du prolétariat et pouvoir absolu du Parti. Dès 1979, Wei Jingsheng qui demandait la « cinquième modernisation : la démocratisation » est condamné à 15 ans de prison. Les réformes économiques vont bon train, mais les réformes politiques se limitent au rejet de la Révolution Culturelle. Et encore ! En veillant à ne pas écorner le prestige de Mao pour préserver l'image du Parti qui est toujours le guide infaillible.


Durant les années 80, le régime chinois hésite entre rigueur et ouverture : certains au sein même du Parti se font complice de l'apparition de salons ou de clubs de réflexion indépendants pendant que Deng Xiaoping exclut toute réforme du pouvoir et que la formation d'organisation à caractère politique est sévèrement réprimée.
La contradiction éclate avec le printemps de Pékin en 1989. En quelques semaines, étudiants, intellectuels et ouvriers  créent d'innombrables associations et tentent de se fédérer autour de d'une revendication : la possibilité de dialoguer avec le pouvoir, et d'un reproche : la corruption du Parti.
Ce mouvement reçoit le soutien de la frange progressiste du PCC et des négociations ont lieu. Mais après une période d'hésitation, Deng Xiaoping décide finalement que le défi lancé au pouvoir est à ce point inacceptable qu'il justifie la loi martiale et l'envoi de la troupe contre la population. Le 4 juin 1989 Pékin est envahi par l'Armée Populaire de Libération, c'est le début du massacre du Tiananmen.


A l'issue de la répression, Deng Xiaoping place Jiang Zemin au pouvoir. Il y restera jusqu'à l'arrivée de Hu Jintao en 2001. Cette période est marquée par une grande stabilité politique, conséquence de l'épuration du Parti, et par une croissance rapide, suite à une nouvelle série de réformes. Les frustrations politiques semblent compensées par l'augmentation du niveau de vie et le relâchement des contrôles sur la vie privée et professionnelle : il est désormais possible d'échapper à l'unité de travail, voire de crée leur propre activité.

Publié dans Histoire

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dibo 02/08/2008 22:31

Merci. A défaut de livre, ces textes sont effectivement tirés d'un manuscrit qui dort dans mes tiroirs. Si un éditeur passe par là ...

Derfel 02/08/2008 22:09

J'ai pris le temps ce soir de découvrir ton univers en ligne. Je suis soufflé. Là où certains verraient  une densité extrême, j'ai pris plaisir à me plonger dans un livre. Merci pour ce partage & excellent dimanche.