Laojiao : les vieilles dames et la lettre de cachet

Publié le par dibo

Certaines histoires ont le mérite de nous ramener sur terre. Ainsi, au milieu des flonflons et des hymnes nationaux, ces deux septuagénaires condamnées à un an de rééducation par le travail pour avoir demandé l'autorisation de manifester, un droit qu'avait promis le gouvernement chinois à l'occasion des JO et qui est inscrit dans la constitution chinoise.

La rééducation par le travail, laodong jiaoyang abrégé laojiao en chinois, est une des aberrations de cette Chine qui se veut moderne, une survivance honteuse de ses années noires. La loi instituant le laojiao remonte à 1957, elle créait une détention administrative accompagnée de travail forcé pour les auteurs de petits délits : voleurs, prostitués, trafiquants...
L'envoi en rééducation n'est donc pas à proprement parler une condamnation et le "rééduqué" n'est pas considéré légalement comme un criminel. Conséquence de cette apparente mansuétude, il n'est pas nécessaire d'avoir été jugé pour être envoyé en rééducation : la signature du chef local de la police suffit à décider d'un enfermement pouvant aller jusqu'à 4 ans. Il est possible de contester cette décision auprès ... de la police. Autant dire qu'il s'agit de ce que l'on appelait en France il y a trois cent ans la lettre de cachet : un enfermement arbitraire sans justification ni recours.
Et la formule plait : le nombre de personnes en rééducation était estimé à 150 000 en 1993, 230 000 en 1997 et 300 000 en 2007. On le comprend, elle permet d'étouffer instantanément des affaires génantes et surtout de rester entre amis au niveau local, un exemple frappant : cet enseignant envoyé en rééducation pour avoir diffusé des photos d'écoles effondrées après le séisme du Sichuan.

Le coté quelque peu totalitaire de cette pratique n'a pas échappé aux autorités chinoises en plein toilettage pré-olympique : une réforme a été proposée en 2007. Elle prévoyait limiter la détention à 18 mois, de mettre en place une procédure d'appel et accessoirement de renommer le système dont le nom actuel rappel un peu trop le laogai, le goulag chinois.
Ces propositions n'ont pas eu de suite et aujourd'hui on peut toujours enfermer arbitrairement les géneurs, fussent-ils deux vieilles dames dont le tort est d'avoir pris au mot les promesses de leur gouvernement.

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pld 21/08/2008 10:20

A la petite différence que les lettres de cachet étaient signée par le roi et pas par un obscur fonctionnaire...