Avant même la fin des Jeux Olympiques de Pékin, la Chine s'est fixée de nouveaux objectifs :
le lancement d'un satellite
vénézuelien le 1er novembre et
la sortie dans l'espace de deux taikonautes en octobre. L'espace est
un axe de développement majeur pour la Chine, une façon de contrecarrer son image de puissance économique bâtie sur l'exploitation de sa main d'oeuvre bon marché. Le gouvernement chinois est
conscient qu'il ne peut prétendre au titre de grande puissance qu'en échappant au
modèle économique sur lequel il a construit sa
prospérité, les investissements massifs dans les technologies spatiales en sont l'illustration.
Ces investissements portent leurs fruits : avec plus d'une vingtaine de lancements réussis depuis 2003, les fusées de la classe
Longue Marche ont fait la preuve de leur fiabilité. Bien
qu'elles restent de puissance limitée, de l'ordre de la moitié de la capacité d'une fusée
Arianne V ECA, les contrats suivent. L'agence spatiale chinoise s'est fixée comme objectif
d'effecuer 15% des lancements commerciaux d'ici 2015, ce qui fera de la Chine une puissance spatiale modeste mais réelle.
L'espace chinois n'est d'ailleurs pas qu'une affaire de commerce. Le projet
Shenzhou lancé en 1992 a permis d'envoyer le premier chinois dans l'espace en 2003 et doit être la première
étape vers une station spatiale chinoise. Le projet
Chang'e lancé en 2007 doit quant à lui conduire à l'exploration de la Lune par des robots d'ici 2020. Il est évident que la Chine entend
égaler les performances américaines et russes de la guerre froide, avec des objectifs qui semblent assez similaires.
C'est donc sans surprise que le programme spatial chinois est suivi avec inquiétude par le reste du monde. Clef de voute de l'émergence pacifique chère au dirigeant chinois, il est aussi un outil
de puissance particulièrement opaque entre les mains de la Commission Militaire Centrale, une structure controlée par l'Armée Populaire de Libératon.
La destruction d'un satellite en orbite par un
missile balistique chinois en janvier l'a encore rappelé.
Cependant plusieurs facteurs devraient inciter la Chine à privilégier les applications pacifiques. Le premier d'entre eux est le niveau d'avancement du programme spatial chinois par rapports aux
programmes américain, russe ou européen : la Chine part avec un retard trop important pour souhaiter une course aux armements spatiaux qu'elle ne pourrait pas gagner, au contraire en engagement
clairs vers des projets non militaires lui permettrait de bénéficier de coopérations internationales et d'avancer à moindre coût.
Ensuite, l'armée chinoise est conçue pour faire face aux problèmes intérieurs de la Chine, elle est aujourd'hui incapable de se projeter pour intervenir dans des conflits internationaux. On
comprend donc mal pourquoi la Chine voudrait se doter d'un outil militaire aussi peu en adéquation avec ses capacités réelles et ses priorités.
Enfin la Chine souhaite manifestement profiter des opportunités que lui offre la communauté internationale pour gagner en considération et en prospérité. Des expériences comme celles de janvier ne
paraissent pas devoir se reproduire tant elles décrédibilisent le discours apaisants des dirigeants chinois.