Le Monde du 18 octobre publie un sondage surprenant.
Selon cette enquête, 49% des français estiment que la Chine est aujourd'hui le pays le plus puissant au monde, suivi des États-Unis pour 34% et côte à côte de la Russie, l'Allemagne et l'Inde avec
respectivement 6%, 5% et 3%.
En se projetant dans l'avenir, le résultat est encore plus tranché. Ainsi 63% des personnes interrogées pensent que la Chine sera la première puissance mondiale dans vingt ans. Les Etats-Unis
n'obtiennent qu'un humiliant 9% et sont rejetés à la troisième place derrière l'Inde (12%).
Il serait certainement imprudent d'essayer de deviner quelle sera la première puissance mondiale dans vingt ans (pourquoi pas une puissance émergente appelée Union Européenne ?). Mais c'est
clairement une surprise de voir la Chine classée au premier rang aujourd'hui. Et devant les États-Unis, première puissance économique (avec un PIB 3 à 4 fois plus élevé que celui de la Chine),
puissance militaire écrasante (ses dépenses militaires sont à peu près égales à celles du reste du monde) et disposant d'une très nette avance culturelle et scientifique (se souvient-on que la
Chine n'a jamais obtenu le moindre Prix Nobel ?).
Il ne fait guère de doute que ce résultat est largement influencé par l'actualité. Les États-Unis, embourbés dans une crise économique sans précédent et dans la guerre qu'ils ont déclenché en Irak
font piètre figure. La Chine, dont les réussites économiques ont marqué les esprits, jouit encore du prestige de ses Jeux Olympiques, et surtout de la facilité avec laquelle elle a obtenu la
présence, sinon l'allégeance, de la plupart des pays et singulièrement de la France.
Cependant, en paraphrasant une citation de Raymond Aron que j'ai déjà utilisée, les chinois savent mieux que personne que
la
puissance est d'abord une relation humaine. Dans ce sens, il est presque certain que cette puissance ressentie contre l'évidence préfigure une puissance réelle.