
L'année 2008 a été marquée par une reprise de l'agitation au Xinjiang, province majoritairement turcophone et musulmane que
la Chine affirme posséder depuis la dynastie Han.
Pour quoi se bat-on au juste ? Pour une traînée d'oasis au milieu du désert : les étapes de la route de la soie. La Chine combat ainsi l'influence arabe puis turque
pendant un millénaire. Sans résultat. Elle perd même - c'est rare ! - la bataille de la civilisation : l'ensemble du Turkestan devient musulman.
En 1759, la dynastie Qing en fait occuper la partie orientale qui prend le nom de Xinjiang, nouvelle province. La présence chinoise ne sera jamais acceptée. L'indépendance est réalisée vers 1930
mais elle est de courte durée : dans l'année qui suit son arrivé au pouvoir, Mao écrase les indépendantistes, Ouïghours comme Tibétains. Le Turkestan oriental redevient le Xinjiang, mais il reste
à la marge de la Chine.
A la fin des années 80 cependant l'attention de Pékin est attirée sur cette province déshéritée. La Chine a besoin d'énergie et le Xinjiang possède du pétrole. Il
faut donc mater ces mouvements indépendantistes qui n'ont jamais cessé d'exister. La religion musulmane est un symbole de la résistance, aussi les premières mesures seront ouvertement
islamophobes : interdiction des pèlerinages à la Mecque, interdiction de construire des mosquées, interdiction des publications religieuses...
Outrée par ces mesures et encouragée par les indépendances des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale, l'insurrection reprend de plus belle. Le coup d'envoi est donné en 1990 par le
soulèvement du village de Baren après la fermeture de sa mosquée, les émeutes et les attentats se répandent rapidement et touchent toute la province.
En 1995, le Xinjiang obtient le statut de région autonome, ce qui autorise notamment l'utilisation de la langue Ouïghoure dans l'administration et les écoles.
Cependant, dès l'année suivante Jiang Zemin déclenche contre le Xinjiang la plus grande répression depuis l'écrasement du printemps de Pékin en 1989. On sait peu de chose sur cette opération qui
impliqua peut-être 300 000 hommes de l'armée populaire de libération. Elle se continue en 1997 avec une campagne de délation qui envoie au moins un millier de personnes en prison. Mais ces
efforts ne semblent pas suffire, des attentats ont lieu jusqu'à Pékin et une guérilla apparait qui crée des liens avec les islamistes pays voisins.
L'année 2001 marque un tournant. La Chine joue le jeu de la guerre contre le terrorisme. Le gouvernement chinois affirme que les Ouighours sont liés à Ben Laden et s'entraînent en Afghanistan. Les attentats et les émeutes qui étaient auparavant étouffés deviennent un sujet autorisé pour le presse chinoise, ils sont même souvent exagérées. En réalité, le mouvement a été durement touché par les vagues de répression et s'est affaibli au point qu'il était considéré, hors de Chine, comme éteint depuis 2002. A tort manifestement : pendant les Jeux Olympiques de Pékin, les attentats et les attaques ont fait plus de trente morts.
La radicalisation du mouvement ouïghour est symptomatique de la politique de Pékin vis-à-vis de ses minorités : le développement des provinces éloignées, mis en avant par le pouvoir central, est très inégalement réparti, le peuplement organisé par les Han, qui sont au Xinjiang en voie de devenir majoritaires, entraîne de fortes tensions entre les populations et le statut d'autonomie accordé aux province cache souvent un violent racisme. Même causes, même effets : les émeutes d'Urumqi rappellent celles de Lhassa en mars 2008.