Gouvernance chinoise et gouvernance mondiale avec Yves Tiberghien

Publié le par Chinoiseries

Yves Tiberghien, professeur associé de sciences politiques à l'université de Colombie-Britannique, donnait il y a quelques jours une très interessante conférence à l'Ecole Militaire sur le rôle de la Chine dans la nouvelle gouvernance mondiale.

Voici dans les très grandes lignes quelques idées qu'il a développé :

 

Vu de Chine : entre doutes et inexpérience

Le contexte est connu : la Chine se développe à une vitesse à peine croyable. En 2000 son PIB était égal au quart du PIB japonnais, 10 ans plus tard le Japon est dépassé. Le revers de la médaille, c'est que tout est nouveaux pour les dirigeants chinois : la mondialisation date en Chine de 15 ans, l'intégration financière et monétaire de 5 ans... De nouveaux problèmes se posent sans cesse et les élites politiques et administratives ont du mal à suivre. Résultat : les autorités chinoises, loin de planifier la domination du monde, ont tendance à laisser faire.

D'autant que la Chine, consciente de ses consciente de ses difficultés intérieures, doute de son rôle et de son destin : seulement 12% des chinois pensent que la Chine est une grande puissance.

 

Des positions extérieures largement déterminées par la situation intérieure

En Chine le pouvoir est très fragmenté : d'abord entre les 3 niveaux de décentralisation (pouvoir central, provinces et communes) mais aussi au niveau du pouvoir central entre ministères. Les arbitrages sont rendus par le Conseil d'état et en dernier ressort par les 9 membres du Comité permanent du bureau politique du PCC. Cependant, parce que les sujets de politique étrangère sont souvent nouveaux et qu'il n'existe pas de ligne politique définie, les positions de la Chine sur la scène internationale se déterminent le plus souvent par un jeu de pouvoir bureaucratique entre les différents ministères et les provinces. Le Conseil d'Etat et le Comité permanent respectent en général ces rapports de force.

La situation est différente quand le sujet fait l'objet d'un débat public. Dans ce cas le Comité permanent sera plus enclin à intervenir et à politiser le sujet. Quelques exemples qui se sont trouvés ainsi au centre des attentions : la dispute avec le Japon au sujet des iles Diaoyutai ou encore la réglementation sur les OGM. Sur ces sujets, le gouvernement chinois prête attention à l'opinion publique (via des sondages, les opinions émises sur les blogs, les rapport des ONG...), un système de "représentation sans institution" apparaît qui permet de concilier autoritarisme et légitimité.

En résumé, les positions chinoises dépendent en premier lieu des rapports de force entre les différentes coalitions du pouvoir, en second lieu de l'opinion publique et de son degré d'implication et en dernier ressort de la position et de l'implication du Comité permanent.

 

Conséquences sur la politique étrangère chinoise

Sur la scène internationale, la Chine adopte en général 3 positions :

- soit elle se range du coté de l'avis majoritaire ("bandwagoning"),

- soit elle se pose en arbitre ("balancing") en général entre les États-Unis et l'Europe,

- soit elle refuse de coopérer ("wallbulding").

Typiquement, les deux dernières positions s'expliqueront par des pressions intérieures, soit de l'opinion publique (comme sur les OGM) soit de groupes d'intérêt (comme sur le climat à Copenhague), dans le cas contraire le processus bureaucratique conduira en général la Chine à s'aligner sur la position dominante, le plus souvent celle des États-Unis.

Un quatrième cas de figure existe : la Chine cherche parfois à concevoir et à imposer ses propres solutions (comme par exemple en matière de développement avec le consensus de Pékin). Mais cette situation reste exceptionnelle tout simplement parce que la Chine manque du recul et des élites intellectuelles et universitaires pour concevoir des alternatives aux modèles existants.

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