Prix Nobel de la paix : Et les gagnants sont...

Publié le par Chinoiseries

Le prix Nobel de la paix 2010 sur une chaise vide pour représenter Liu XiaoboLa Chine n'a décidément pas de chance avec les prix Nobel.

Si on veut bien laisser de coté le Dalai Lama, prix Nobel de la paix 1989, tous les ressortissants chinois qui ont obtenu un prix Nobel avaient déjà changé de nationalité. Pas vraiment de quoi se féliciter...

Et voilà enfin en 2010 le premier prix Nobel pour un chinois se réclamant comme tel et vivant en Chine. Plus précisément dans une prison chinoise car, pas de chance, il ne s'agit pas d'un prix Nobel de physique, d'économie ou de littérature mais d'un prix Nobel de la paix décerné à un dissident. Double claque pour la Chine : une pour ses prétentions scientifiques et culturelles, l'autre pour l'image de puissance respectable et apaisée qu'elle veut se donner.

 

Le lauréat, je n'y reviens pas, est bien sur Liu Xiaobo dont la gloire et le crime est d'avoir participé à la rédaction de la Charte 08, document d'ailleurs assez mesuré et consensuel en faveur de réformes en Chine.

 

De mon point de vue de citoyen occidental je ne peux que me réjouir du choix du comité Nobel parce qu'il met un grain de sable format Ayers Rock dans les confortables mécaniques diplomatiques. Impossible ici de ménager la chèvre et le chou, il faut prendre position. Qu'est-ce que cela signifie d'aller à la cérémonie de remise de ce prix ? Que la Chine ne partage pas nos valeurs et que nous sommes près à l'affronter sur le plan idéologique. C'est le mythe du parallélisme entre ouverture économique et ouverture politique qui s'effondre un peu plus. Même contrainte et forcée, c'est avec une réelle satisfaction que l'on voit la France obligée de sortir de sa stratégie commerciale de moins-disant démocratique. Bien sur malgré toutes les fanfaronnades à usage interne ce prix Nobel n'a été salué que du bout des lèvres, bien sur le Président de la République n'a même pas osé réclamer la libération de M. Liu, mais il faudra bien réconcilier un peu les paroles et les actes en allant s'asseoir demain à Oslo...

 

Vu de Chine, l'attribution du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo a mis le régime chinois dans une position extrêmement inconfortable. Sur le plan interne, il a donné une audience inespérée aux partisans des réformes, d'autant que la stratégie de black out sur internet et dans les médias a été en partie inefficace et a placé la Chine en porte-à-faux avec son activisme à l'international : comment occulter un évènement tout en publiant des communiqués outrés à répétitions ? Ce prix a aussi donné aux dissidents chinois la perspectives d'une reconnaissance de leur action à l'étranger. C'est un formidable encouragement alors que jusqu'ici ils se heurtaient non seulement à la censure et à la répression à l'intérieur mais aussi à l'indifférence à l'extérieur.

Sur le plan de son image à l'étranger, le régime chinois est allée rejoindre l'Allemagne nazie, l'URSS brejnevienne et la junte Birmane dans le petit club des gouvernements qui emprisonnent les prix Nobel de la Paix. Il pouvait difficilement en être autrement mais en choisissant de plus de menacer de représailles les pays qui assisteraient à la cérémonie de remise du prix, la Chine n'a semble-t-il pas fait le bon choix. D'abord elle s'est posée en pays menaçant, n'hésitant pas à utiliser sa nouvelle puissance comme un moyen de coercition, ce qui ne pouvait que dégrader un peu plus son image. Ensuite elle a contraint les invités à prendre position en acceptant ou en refusant de se rendre à Oslo. Cette démarche aurait pu être payante si, comme le prétend le ministère des affaires étrangères chinois, "l'écrasante majorité des gens dans le monde" s'opposait au choix du comité mais en fait d'écrasante majorité seuls 19 pays seront absents. La Chine a voulu compter ses amis et ses inféodés, malgré ses efforts elle s'est retrouvée un peu seule et plutôt mal entourée.

 

Sauf coup de théâtre de dernière minute, la cérémonie de demain avec sa chaise vide - situation sans précédent depuis 1935 ! - s'annonce particulièrement douloureuse pour le régime chinois. De notre coté, on peut espérer une prise de conscience : l'émergence de la Chine n'est pas qu'un enjeux économique, elle nous interroge aussi sur nos valeurs.

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