L'âne et le tigre, une fable chinoise.
Voici une fable que nous devons à Liu Zongyuan, un auteur du VIIIe et IXe siècle.
A cette époque là, il n'y avait pas d'âne dans la province de Guizhou. Un riche curieux s'en fit amener un par bateau mais ne sachant comment l'utiliser, il finit par le relâcher dans la montagne.
Là, un tigre l'aperçut, mais comme lui aussi n'avez jamais vu un âne, il fut frappé par sa haute taille et le pris pour un animal extraordinaire, certainement de la famille des dragons et des phénix. Il voulu lui présenter ses hommages et comme il approchait l'âne le vit et se mit à braire à tue tête. Le tigre fut terrorisé par la puissance du cri. Il en était sûr désormais, ce n'était pas là un animal mais bel et bien une divinité descendue du ciel ! Il s'avança tout craintif pour se prosterner.
Voyant le tigre aussi près de lui, l'âne voulut le repousser par une ruade. A cette attaque piteuse, le tigre compris que ce qu'il avait pris pour une divinité n'était qu'un animal, et des plus faibles. Il se jeta sur lui et le mis en pièce.
Qu'en penser ? Qu'on peut braire autant qu'on veut mais qu'il faut ne frapper qu'à coup sûr. C'est une leçon de stratégie élémentaire.
Mettons la Chine dans le rôle du tigre - rien d'abusif à cela -. Pendant longtemps, M. Chirac s'est fait une profession de braire et notre pays y a gagné une considération inattendue.
M. Sarkozy, lui, n'a pas pu s'empêcher de ruer : mettre sous condition sa venue à Pékin. La menace était un peu dérisoire et on s'explique mal comment il a pu se croire en mesure de délivrer un ultimatum à la Chine. Mais, après tout, il y avait là de l'attachement à des valeurs, et un certain courage. En accumulant les excuses pour finalement capituler sans conditions, puisque l'on apprend maintenant qu'il ira, il a gagné le mépris - ce qui est bien pire que de perdre l'amitié - d'une large partie du peuple et des dirigeants chinois. Il est probable que l'âne français se fasse bientôt manger.