L'auteur

chinoiseries
Ingénieur et membre de plusieurs organismes de réflexion et laboratoires d'idée, j'ai été responsable de la gestion des actifs d'une grande entreprise française en Chine. J'en ai ramené une grande admiration pour la culture chinoise et suffisamment d'intérêt et de passion pour entretenir depuis ce blog.
Mercredi 11 novembre 2009




Ce blog n'est plus que très épisodiquement mis-à-jour, je continue cependant à collaborer à ce blog sur les questions de défense.
N'hésitez pas à aller y faire un tour !
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Lundi 6 juillet 2009
Alors que des émeutes auraient fait hier plus d'une centaine de morts à Urumqi, la capitale de la province du Xinjiang, je vous propose une version remise à jour de cet article initialement publié en août 2008 :

Xinjiang : émeutes à Urumqi L'année 2008 a été marquée par une reprise de l'agitation au Xinjiang, province majoritairement turcophone et musulmane que la Chine affirme posséder depuis la dynastie Han.
En fait, elle tente depuis cette date d'exercer sa souveraineté sur cette partie du Turkestan
mais avec un succès mitigé. Le Turkestan a en effet cette particularité d'être le lieu de rencontre de deux immenses civilisations : l'Islam et la Chine. Toutes deux sont expansionnistes, cette rencontre prendra donc la forme d'un affrontement : la première bataille entre musulmans et chinois a lieu une vingtaine d'années seulement après le mort du prophète !

Pour quoi se bat-on au juste ? Pour une traînée d'oasis au milieu du désert : les étapes de la route de la soie. La Chine combat ainsi l'influence arabe puis turque pendant un millénaire. Sans résultat. Elle perd même - c'est rare ! - la bataille de la civilisation : l'ensemble du Turkestan devient musulman.
En 1759, la dynastie Qing en fait occuper la partie orientale qui prend le nom de Xinjiang, nouvelle province. La présence chinoise ne sera jamais acceptée. L'indépendance est réalisée vers 1930 mais elle est de courte durée : dans l'année qui suit son arrivé au pouvoir, Mao écrase les indépendantistes, Ouïghours comme Tibétains. Le Turkestan oriental redevient le Xinjiang, mais il reste à la marge de la Chine.

A la fin des années 80 cependant l'attention de Pékin est attirée sur cette province déshéritée. La Chine a besoin d'énergie et le Xinjiang possède du pétrole. Il faut donc mater ces mouvements indépendantistes qui n'ont jamais cessé d'exister. La religion musulmane est un symbole de la résistance, aussi les premières mesures seront ouvertement islamophobes : interdiction des pèlerinages à la Mecque, interdiction de construire des mosquées, interdiction des publications religieuses...
Outrée par ces mesures et encouragée par les indépendances des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale, l'insurrection reprend de plus belle. Le coup d'envoi est donné en 1990 par le soulèvement du village de Baren après la fermeture de sa mosquée, les émeutes et les attentats se répandent rapidement et touchent toute la province.

En 1995, le Xinjiang obtient le statut de région autonome, ce qui autorise notamment l'utilisation de la langue Ouïghoure dans l'administration et les écoles.
Cependant, dès l'année suivante Jiang Zemin déclenche contre le Xinjiang la plus grande répression depuis l'écrasement du printemps de Pékin en 1989. On sait peu de chose sur cette opération qui impliqua peut-être 300 000 hommes de l'armée populaire de libération. Elle se continue en 1997 avec une campagne de délation qui envoie au moins un millier de personnes en prison. Mais ces efforts ne semblent pas suffire, des attentats ont lieu jusqu'à Pékin et une guérilla apparait qui crée des liens avec les islamistes pays voisins.

L'année 2001 marque un tournant. La Chine joue le jeu de la guerre contre le terrorisme. Le gouvernement chinois affirme que les Ouighours sont liés à Ben Laden et s'entraînent en Afghanistan. Les attentats et les émeutes qui étaient auparavant étouffés deviennent un sujet autorisé pour le presse chinoise, ils sont même souvent exagérées. En réalité, le mouvement a été durement touché par les vagues de répression et s'est affaibli au point qu'il était considéré, hors de Chine, comme éteint depuis 2002. A tort manifestement : pendant les Jeux Olympiques de Pékin, les attentats et les attaques ont fait plus de trente morts.

La radicalisation du mouvement ouïghour est symptomatique de la politique de Pékin vis-à-vis de ses minorités : le développement des provinces éloignées, mis en avant par le pouvoir central, est très inégalement réparti, le peuplement organisé par les Han, qui sont au Xinjiang en voie de devenir majoritaires, entraîne de fortes tensions entre les populations et le statut d'autonomie accordé aux province cache souvent un violent racisme. Même causes, même effets : les émeutes d'Urumqi rappellent celles de Lhassa en mars 2008.

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Lundi 27 octobre 2008
Tienzin Gyatso, le 14e Dalai Lama a aujourd'hui 73 ans. De retour de France fin août il a été hospitalisé quelques jours, ses voyages sont depuis annulés et il a subi de nouveaux examens début octobre.
Depuis quelques temps déjà, le Dalai Lama souhaite organiser sa succession de son vivant. Il a évoqué la possibilité d'un référendum.

Cette hypothèse est dénoncée par les autorités chinoises qui se retrouvent curieusement avocates du fondamentalisme tibétain : "la réincarnation est la seule voie de succession du bouddhisme tibétain" a par exemple expliqué un communiqué du ministère des affaires étrangères.
Apparemment Pékin a ses propres plans en la matière. Des discussions auraient ainsi lieu depuis la mi-septembre entre les autorités chinoises et des représentant sinophiles de la minorité tibétaine. L'objectif ne fait guère de doute : la mort du 14e Dalai Lama doit éteindre les velléités d'autonomie du Tibet.

C'est dans ce contexte très particulier que le Dalai Lama a semblé désavouer la solution pour laquelle il s'est longtemps battu. "J'ai sincèrement poursuivi, depuis longtemps, mon approche de la "voie médiane" dans les rapports avec la Chine mais cela n'a donné lieu à aucune réponse positive de la part des Chinois. En ce qui me concerne, j'abandonne."
Cette déclaration en date du 25 août pourrait mettre en terme aux rencontres entreprises entre Tibétains et Chinois suite aux évènements de ce printemps. Elle renforcera sans aucun doute à l'influence de ceux qui, comme le Tibetan Youth Congress, jugent contre nature la méthode suivie par le Dalai Lama, cette "voie médiane" qui consiste à rechercher l'autonomie du Tibet dans le cadre de la constitution Chinoise.
On peut difficilement envisager que le Dalai Lama ne l'ai pas compris. En remettant en selle les extrémistes, cherche t-il à rappeler à à Pékin qu'il a plus fait pour l'apaisement que des décennies d'intransigeance et de répression ? Ou renonce t-il à sa position pour radicaliser la cause tibétaine et espérer ainsi qu'elle lui survive ? Quoiqu'il en soit, les prochains mois seront être déterminants pour le sort du Tibet.
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Jeudi 23 octobre 2008
Né en 1973, Hu Jia est devenu militant à l'université. D'abord investi dans la défense de l'environnement, il s'implique à partir de 2000 dans la lutte contre le SIDA et le soutien aux séropositifs. Il est surtout connu pour avoir rendu publique la contamination de villages entiers dans la province du Henan : les habitants avaient donné leur sang contre rémunération et s'étaient retrouvés contaminés par centaines.

Il est arrêté une première fois en 2006, puis placé en résidence surveillée avec son épouse, également militante. Il reste cependant actif grâce à Internet. Il est notamment auditionné par le parlement Européen en novembre 2007 via une webcam. Il est de nouveau arrêté fin 2007, jugé en mars 2008 pour ses publications sur Internet et condamné pour "incitation à la subversion de l'Etat" à 3 ans et demi de prison.
A la veille des Jeux Olympiques de Pékin, il devient le symbole du grand ménage pratiqué par les autorités chinoises en vue de l'évènement et un des dissidents chinois les plus connus à l'étranger. Il est fait citoyen d'honneur de la ville de Paris et semble un moment nobelisable.

Le prix qu'il reçoit aujourd'hui, un prix "pour la liberté de l'esprit", est largement mérité. Ce vingtième prix Sakharov est également dédié, selon les termes du président du Parlement Européen, au "combat quotidien pour la liberté de tous les défenseurs chinois des droits de l'homme".
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Lundi 20 octobre 2008
Comme c'était prévisible (et annoncé depuis une dizaine de jours sur ce blog), la Chine a reconnu aujourd'hui être touchée par la crise.
Selon le Bureau National des Statistiques, la croissance du PIB s'est élevée sur une année glissante à 9.9% en Chine, passant sous le seuil symbolique de 10%. Ce chiffre a bien sur de quoi faire rêver même les économies européennes les plus vigoureuse, mais il il représente une baisse de prêt de 2.3% par rapport à l'année dernière, et il est même probable que l'année 2008 se conclura sur un taux de croissance approchant les 8%, limite en dessous de laquelle les autorités chinoises prévoient des troubles sociaux.

Ce recul est la conséquence de la forte dépendance de l'économie chinoise aux investissements et à la consommation étrangère. Dans le contexte actuel ceux-ci se contractent entraînant immédiatement une baisse d'activité de "l'usine du monde". Ainsi environ la moitié des fabricants de jouets chinois, dont certains des plus importants, ont fait faillite au cours des derniers mois.
Même si les faillites d'entreprises sont courantes en Chine, cette situation a de quoi alarmer. Elle montre clairement qu'une crise économique commence à prendre la place de la crise financière. Et la Chine, dont l'économie est encore fragile, est parmi les premières victimes.

En savoir plus :
   - Crise économique : la Chine du coté des perdants ?
   - L'économie chinoise en 5 minutes
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Dimanche 19 octobre 2008
Le Monde du 18 octobre publie un sondage surprenant. Selon cette enquête, 49% des français estiment que la Chine est aujourd'hui le pays le plus puissant au monde, suivi des États-Unis pour 34% et côte à côte de la Russie, l'Allemagne et l'Inde avec respectivement 6%, 5% et 3%.
En se projetant dans l'avenir, le résultat est encore plus tranché. Ainsi 63% des personnes interrogées pensent que la Chine sera la première puissance mondiale dans vingt ans. Les Etats-Unis n'obtiennent qu'un humiliant 9% et sont rejetés à la troisième place derrière l'Inde (12%).

Il serait certainement imprudent d'essayer de deviner quelle sera la première puissance mondiale dans vingt ans (pourquoi pas une puissance émergente appelée Union Européenne ?). Mais c'est clairement une surprise de voir la Chine classée au premier rang aujourd'hui. Et devant les États-Unis, première puissance économique (avec un PIB 3 à 4 fois plus élevé que celui de la Chine), puissance militaire écrasante (ses dépenses militaires sont à peu près égales à celles du reste du monde) et disposant d'une très nette avance culturelle et scientifique (se souvient-on que la Chine n'a jamais obtenu le moindre Prix Nobel ?).
Il ne fait guère de doute que ce résultat est largement influencé par l'actualité. Les États-Unis, embourbés dans une crise économique sans précédent et dans la guerre qu'ils ont déclenché en Irak font piètre figure. La Chine, dont les réussites économiques ont marqué les esprits, jouit encore du prestige de ses Jeux Olympiques, et surtout de la facilité avec laquelle elle a obtenu la présence, sinon l'allégeance, de la plupart des pays et singulièrement de la France.

Cependant, en paraphrasant une citation de Raymond Aron que j'ai déjà utilisée, les chinois savent mieux que personne que la puissance est d'abord une relation humaine. Dans ce sens, il est presque certain que cette puissance ressentie contre l'évidence préfigure une puissance réelle.
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Mercredi 15 octobre 2008
Cet article a également été publié sur le blog Armée du futur.

chinoiseries - Lecture : la Guerre hors limite, Qiao Liang et Wang Xiangsui La Guerre hors limites est un ouvrage publié en 1999 par deux colonels de l'armée de l'air chinoise, Qiao Liang et Wang Xiangsui, tous deux issus de carrières plus politiques qu'opérationnelles. La traduction française date de 2003.

Un art de la guerre pour le XXIe siècle...

La première partie de cet ouvrage s'attache à tirer les leçons de la fin de la Guerre Froide et des conflits des années 90 pour dessiner ce qu'est la guerre contemporaine. Celle-ci se caractérise selon les auteurs par la complexité des objectifs et des moyens, avec la disparition de la distinction avant/arrière et l'irruption d'acteurs non-étatiques et de stratégies non-militaires.
Les auteurs mettent en avant  l'utilisation de moyens économiques, financiers, technologiques, etc. en complément des moyens militaires. Les nouveaux guerriers variant du hacker au banquier, en passant par le terroriste auquel cet ouvrage accorde une importance assez prémonitoire, évoquant déjà un "terrorisme à la Ben Laden" défiant les États-Unis.
L'analyse de la première Guerre du Golfe renforce partiellement ce point de vue par le rôle qu'y jouèrent les médias. On y discerne d'autres nouveautés : la numérisation de l'espace de bataille, le renouveau des corps expéditionnaires, l'apparition de la guerre informatique et électronique, mais aussi l'idéal paradoxal d'une victoire sans victime. Pour les auteurs, le constat est clair : les États-Unis sont en tête et il appartient aux autres pays de les imiter au plus vite.

La seconde partie s'appuie sur ces conclusion pour tenter de dégager les grandes lignes d'un nouvel art de la guerre.
Les auteurs constatent que les menaces les plus graves pour les États ne sont plus aujourd'hui militaires, avec une conséquences : il faut élargir la définition de la guerre. Ainsi, "face à un ennemi qui méprise les règles, il n'y a certainement pas de meilleure tactique pour s'en défendre que de les transgresser aussi". Tous les moyens deviennent bon pour abattre un adversaire : guerre médiatique, commerciale, financière, idéologique, dans l'esprit des auteurs même les règlements ou les sanctions édictés par les organisations internationales peuvent être assimilés à des actes de guerre.
C'est sur cette base qu'est définie la "guerre hors limites". Les limites traditionnelles de la guerre sont rejetées : limites de lieux, de moyens, de domaines, et finalement d'intensité. "Pour gagner des guerres", écrivent les auteurs, il faut "apprendre à renverser l'ordre des degrés, et à combiner tous les facteurs, des actions supranationale aux combats concrets."

... ou le retour à une conception archaïque des relations entre États ?


A la lecture de cet ouvrage, on doit évidemment se demander dans quelle mesure il reflète la pensée militaire chinoise actuelle.
Il est probable qu'il soit assez représentatif. En effet sa principale innovation, revient à mettre en pratique une vieille maxime de Sunzi : "Gagner cent fois en cent batailles n'est pas le comble du génie, vaincre l'ennemi sans combat voilà le sommet de l'excellence." Et l'on sait que les chinois pratiquaient déjà la guerre économique alors que les grecs jetaient les bases d'une conception occidentale de l'affrontement : violent, frontal et décisif. Le désir d'échapper à ce carcan pour revenir à une "guerre hors limite", c'est-à-dire irrégulière, se justifie donc autant par la tradition chinoise que par l'écrasante supériorité militaire américaine.

Cependant, cet ouvrage pèche par l'absence de rigueur sémantique. La guerre écrivait Clausewitz est caractérisée à la fois par le moyen, la violence physique extrême, et la fin, imposer sa volonté à un adversaire. Il semble que pour Qiao Liang et Wang Xiangsui les moyens n'importe plus, mais dans ce cas la différence entre guerre et concurrence est-elle seulement subjective ?
Si on veut appeler "guerre" indifféremment une opération militaire conventionnelle, la spéculation sur une devise ou une sanction de l'OMC, on en arrive nécessairement à considérer comme des actes de guerre l'essentiel des actions qui font les relations quotidiennes entre États. Or il existe bien une graduation objective, par exemple entre actions violente et non-violente.

Cette conception est par ailleurs inopérante à cause des risques d'escalade qu'elle comporte. C'est ici que la thèse des auteurs touche le plus clairement ses insuffisances : comment penser une guerre sans limite de degré dans un monde nucléarisé ? La question est évacuée dans les toutes dernières pages du livre.
En ne levant pas ce point, les auteurs se cantonnent à présenter une conception datée, et par ailleurs immature, des relations internationales, témoignant surtout de leur sentiment de se trouver dans une citadelle assiégée.
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Dimanche 12 octobre 2008
le PCC réforme le droit d'usage des terres et fait un pas vers le rétablissement de la propriété privée dans les campagnes chinoises A l'heure actuelle, les 750 millions d'agriculteurs chinois ne sont pas propriétaires des terres qu'ils cultivent, ils bénéficient seulement d'un bail de longue durée accordé par l'Etat. Ce système de droit d'usage nuit à la productivité en favorisant le morcellement des exploitations. Il attache le paysan à sa terre -puisqu'il n'a pas la possibilité de la céder- sans assurer sa sécurité -puisque le gouvernement local peut à discrétion l'en expulser.
C'est ce dernier point qui s'est retrouvé au coeur des revendications. Le droit de céder une terre revient aux comités de villages, en général sous contrôle du gouvernement local. Ces décisions sont souvent prises de façon totalement abusives et à grand renfort de pots de vin, les paysans ne touchant finalement qu'une infime proportion du prix payé par l'acquéreur.

Le gouvernement chinois a décidé de lutter contre ce phénomène. La 3e session du 17e comité central du Parti communiste chinois qui s'est achevé aujourd'hui a autorisé les paysans à "transférer leur droit d'usage sur leur terre par différents moyens, selon leur volonté." La presse officielle parle d'une "réforme majeure" et elle n'a certainement pas tort : cela pourrait être un premier pas vers une reconnaissance de la propriété privée.
Concrètement, les paysans chinois devraient être en mesure de disposer de leur terre comme si elle leur appartenait : ils pourraient l'échanger, la louer ou l'hypothéquer, ce qui permettrait par exemple de financer la mécanisation de l'agriculture... ou un départ massif vers les villes.
En effet, dans un pays où l'exode rural laisse les campagnes exsangues, cette réforme devra rester très prudente pour ne pas aggraver la situation. Par ailleurs, si le système de droit d'usage est au coeur de la controverse, il a aussi permis au cours des trente dernières années de prévenir la réapparition d'une plaie millénaire de la Chine : le contrôle des zones rurales par de grands propriétaires terriens exploitants des armées de paysans sans terre.
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Samedi 11 octobre 2008
On a peu entendu parler de la Chine durant cette semaine où l'économie mondiale a semblé s'écrouler. Et pour cause : peu exposée aux subprimes, bien gérée sur le plan macro-économique et abreuvée d'investissements étrangers (en hausse de 40% sur un an !), elle semble à l'abri de la crise. Avec ses immenses réserves de capitaux, elle pourrait même détenir une pièce maîtresse pour la recomposition du système financier et bancaire mondial et son dynamisme semble seul capable de maintenir une croissance mondiale autour de 3% alors que l'Europe et les États-Unis sont à l'arrêt.
La crise va t'elle consacrer la Chine championne économique mondiale, une place qui semble de toute façon devoir lui revenir un jour ou l'autre ? La situation est moins simple.

A court terme, la Chine subit de plein fouet les conséquences de la chute des bourses. Shanghai a même précédée ses consoeurs : après un an de baisse continue, la valeur du Shanghai Composit a été divisé par 3, ruinant par milliers les petit épargnant.
A l'extérieur, les investissements chinois se sont montrés fort peu judicieux. Ainsi sur les 1200 milliards de dollars que la réserve chinoise a investi aux États-Unis, la moitié environ l'ont été dans Freddy Mac et Fanny Mae, les deux refinanceurs qui ont été placés sous tutelle par le gouvernement américain en juillet après avoir perdu presque toute leur valeur.

A long terme, les perspectives ne sont pas nécessairement meilleures. L'économie chinoise a des atouts considérables mais elle est aussi extremement dépendante de la conjoncture mondiale. Près de 70% du PIB chinois est lié aux échanges internationaux, dont une très large partie à l'exportation de biens manufacturés. Or ce modèle économique était remis en question avant même l'apparition de la crise.
La Chine a bâtie sa prospérité sur une compétitivité qui est en train de s'étioler. Les ouvriers chinois aspirent à une élévation de leur niveau de vie, et les autorités ont répondu au cours de l'année passée en augmentant le salaire minimum et en instituant de meilleures conditions de travail. La Chine est ainsi apparu comme un pays en train de devenir trop cher pour la fabrication de produits à faible valeur ajoutée, c'est ce qui explique, par exemple, la délocalisation de la production d'Adidas vers le Viet Nam. Pour y remédier le gouvernement tente de convertir son économie aux hautes technologies, mais ce n'est possible qu'en s'appuyant sur les capitaux et les transferts de technologies étrangers.
Que deviendront les investissements étrangers si la situation économique mondiale s'aggrave ? L'économie chinoise pourrait être frappée à son point le plus faible : elle a cru, elle aussi, que les États-Unis et l'Europe seraient éternellement riches, disposés à investir et à consommer.
Mais les produits chinois ont mauvaise presse et on peut prévoir qu'ils seront les premières victimes si l'aggravtion de la crise entraîne une baisse de la consommation en Europe et aux États-Unis. Certaines régions chinoises sont d'ores-et-déjà durement touchées et la mono-production aggrave la situation : les villes se sont souvent spécialisés dans un produit unique (chargeur, pull-over...) et se retrouvent sinistrées durablement lorsque la demande décroît, avec le risque d'explosion sociale que cela représente...

Car si la Chine pourrait se retrouver parmi les grands perdants d'une aggravation de la situation économique, c'est aussi en raison de son extrême fragilité sur le plan social et politique.
Son économie florissante lui a seule permis de surmonter ses immenses inégalités. Si l'activité des régions industrielles de la côte est se ralentit, cela se traduira immédiatement par le renvoi des travailleurs migrants venus de l'ouest et par une forte dégradation de la situation des campagnes. En dessous de 8% de croissance annuelle, les autorités chinoises affirment craindre des troubles sociaux.
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Samedi 4 octobre 2008
Depuis la découverte du premier cas en 1985, le SIDA était en Chine la maladie des marginaux et des déshérités, principalement les drogués et les paysans qui avaient fait commerce de leur sang. C'était aussi celle de l'étranger : interdiction de séjour pour les séropositifs et obligation pour les chinois ayant séjournés plus d'un an hors de Chine de subir un dépistage. La Chine aimait se croire épargnée.
Ce sentiment a conduit à une forte stigmatisation des séropositifs et à une inconscience totale du danger. Une enquête conduite par le programme des Nations Unies sur le SIDA montre que si 63% des chinois urbains affirment qu'ils refuseraient d'entrer en contact avec un malade, ils sont moins de 20% à se protéger lors d'un premier rapport. Sans compter la moitié qui pense que les moustiques sont vecteurs de la maladie.

Publiés en septembre par le bureau de contrôle et de prévention des maladies, les chiffres officiels montrent les conséquences de cette mauvaise information : les transmissions lors de rapports hétérosexuels ont explosées depuis un an, passant de 10 à 37% du total et devenant la première cause de contamination.
La proportion de séropositifs en Chine est elle estimée entre 0.04 et 0.07% de la population, soit près de 10 fois moins que la moyenne mondiale : 0.5% environ. Mais ces chiffres sont sujets à caution, pour la seule ville de Shanghai, le nombre de malades était estimé à 200 000 en 2006.
Quelque soit la réalité de l'épidémie, la question du SIDA est sensible en Chine et les défenseurs des malades, parmi lesquels Hu Jia, sont souvent considérés comme dissidents.
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