La Chine face à la radicalisation du mouvement ouïghour

Publié le par dibo

L'attaque qui a fait deux morts aujourd'hui au Xinjiang vient encore le rappeler : en marge des JO, le mois d'août a été marqué par la reprise de l'agitation dans cette province majoritairement turcophone et musulmane que la Chine affirme posséder depuis la dynastie Han.
En fait, elle tente depuis cette date d'exercer sa souveraineté sur cette partie du Turkestan
mais avec un succès mitigé. Le Turkestan a en effet cette particularité d'être le lieu de rencontre de deux immenses civilisations : l'Islam et la Chine. Toutes deux sont expansionnistes, cette rencontre prendra donc la forme d'un affrontement : la première bataille entre musulmans et chinois a lieu une vingtaine d'années seulement après le mort du prophète !

Pour quoi se bat-on au juste ? Pour une trainée d'oasis au milieu du désert : les étapes de la route de la soie. La Chine combat ainsi l'influence arabe puis turque pendant un millénaire. Sans résultat. Elle perd même - c'est rare ! - la bataille de la civilisation : l'ensemble du Turkestan devient musulman.
En 1759, la dynastie Qing en fait occuper la partie orientale qui prend le nom de Xinjiang, nouvelle province. La présence chinoise ne sera jamais acceptée. L'indépendance est réalisée vers 1930 mais elle est de courte durée : dans l'année qui suit son arrivé au pouvoir, Mao écrase les indépendantistes, Ouïghours comme Tibétains. Le Turkestan oriental redevient le Xinjiang, mais il reste à la marge de la Chine.

A la fin des années 80 cependant l'attention de Pékin est attirée sur cette province déshéritée. La Chine a besoin d'énergie et le Xinjiang possède du pétrole. Il faut donc mater ces mouvements indépendantistes qui n'ont jamais cessé d'exister. La religion musulmane est un symbole de la résistance, aussi les premières mesures seront ouvertement islamophobes : interdiction des pèlerinages à la Mecque, interdiction de construire des mosquées, interdiction des publications religieuses...
Outrée par ces mesures et encouragée par les indépendances des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale, l'insurrection reprend de plus belle. Le coup d'envoi est donné en 1990 par le soulèvement du village de Baren après la fermeture de sa mosquée, les émeutes et les attentats se répandent rapidement et touchent toute la province.

En 1995, le Xinjiang obtient le statut de région autonome, ce qui autorise notamment l'utilisation de la langue Ouïghoure dans l'administration et les écoles.
Cependant, dès l'année suivante Jiang Zemin déclenche contre le Xinjiang la plus grande répression depuis l'écrasement du printemps de Pékin en 1989. On sait peu de chose sur cette opération si ce n'est qu'elle impliqua 300 000 hommes de l'armée populaire de libération. Elle se continue en 1997 avec une campagne de délation qui envoie au moins un millier de personnes en prison. Mais ces efforts ne semblent pas suffire, des attentats ont lieu jusqu'à Pékin et une guérilla apparait qui crée des liens avec les islamistes pays voisins.

L'année 2001 marque un tournant. La Chine joue le jeu de la guerre contre le terrorisme. Le gouvernement chinois affirme que les Ouighours sont liés à Ben Laden et s'entrainent en Afghanistan. Les attentats et les émeutes qui étaient auparavant étouffés deviennent un sujet autorisé pour le presse chinoise, ils sont même souvent exagérées. En fait, le mouvement a été durement touché par les vagues de répression et s'est affaiblit au point qu'il était considéré, hors de Chine, comme éteint depuis 2002. A tort manifestement : au mois d'août, les attentats et es attaques ont fait plus de trente morts.

chinoiseries - La Chine face à la radicalisation du mouvement Ouïghour : attentats en Chine en 2008Attentats attribués aux séparatistes Ouïghours en 2008

Même si les indépendantistes semblent capables d'agir sur l'ensemble du territoire chinois, les attaques les plus violentes se sont déroulées aux alentours de Kachgar, non loin de la frontière avec le Pakistan et l'Afghanistan. Il est possible que Pékin ait raison : le mouvement indépendantiste, expulsé de Chine au début de la décennie, s'est peut-être reformé dans ces pays, ce qui expliquerait ses nouvelles tactiques et une plus forte influence de l'islamisme radical.
Comment réagira le gouvernement chinois ? L'histoire récente laisse peu de doute et les ouïghours, contrairement au tibétains, n'ont pas de sympathies internationales. Après les JO qui se soucie encore de ce conflit vieux de treize siècles et de ses héritiers, surtout s'ils apparaissent comme des cousins des talibans ?

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